Journées Togolaises de Dermatologie : l’IA, les innovations thérapeutiques et la dépigmentation au cœur des échanges
- Posted on 18/09/2026 14:17
- Film
- By raymonddzakpata@sante-education.tg
Extrait de l'article: Les spécialistes de la santé cutanée se sont retrouvés, à l’occasion des Journées Togolaises de Dermatologie, mercredi 16 septembre 2026 à Lomé. Cette rencontre scientifique met l’accent sur les évolutions de la pratique dermatologique, les...
Les spécialistes de la santé cutanée se sont retrouvés,
à l’occasion des Journées Togolaises de Dermatologie, mercredi 16 septembre
2026 à Lomé. Cette rencontre scientifique met l’accent sur les évolutions de la
pratique dermatologique, les nouvelles technologies et les défis liés à la
prise en charge des maladies de la peau.
Dermatologues, chercheurs, médecins et autres
professionnels de santé venus de différents horizons participent à ces journées
consacrées au partage d’expériences et à la formation continue. Au programme
figurent notamment l’intelligence artificielle (IA) appliquée à la
dermatologie, les dermatoses infectieuses, le psoriasis ainsi que les
conséquences sanitaires de la dépigmentation artificielle.
L’intelligence
artificielle entre dans la pratique dermatologique
Les travaux ont débuté par une communication du
Professeur Faye consacrée à l’utilisation de l’intelligence artificielle en
dermatologie. L’analyse des images médicales, l’aide au diagnostic précoce et
le suivi personnalisé des patients font partie des applications qui suscitent
un intérêt croissant dans la discipline.
Les participants ont également été entretenus sur les actualités et les protocoles de prise en charge des dermatoses infectieuses en 2026 par le Maître de Conférences Agrégé Mouhari-Toure. Le Professeur Degboé a, pour sa part, présenté les nouveautés dans la prise en charge du psoriasis en plaques, une maladie chronique dont le traitement connaît également des évolutions.
Dr Raymond Kossi Barruet, Drematologue et Président de SOTODERM
Pour le Dr Raymond Kossi Barruet, dermatologue et
président de la Société Togolaise de Dermatologie et des Infections
Sexuellement Transmissibles (SOTODERM), ces rencontres sont essentielles dans
un contexte où les connaissances médicales évoluent rapidement.
« La formation
post-universitaire permet d'éviter l'isolement des praticiens et le risque de
sclérose professionnelle », explique-t-il. En dehors de ces journées, la
SOTODERM organise notamment des rencontres trimestrielles réunissant
spécialistes et médecins généralistes autour de thématiques spécifiques et
travaille avec les formations de Diplôme d’études spécialisées (DES) pour
accompagner les jeunes dermatologues.
Une
spécialité encore victime d’idées reçues
Le Dr Barruet souhaite également voir évoluer la
perception de la dermatologie auprès du grand public. La spécialité est parfois
considérée, à tort, comme une médecine réservée à une catégorie privilégiée de
la population.
« Avant toute
chose, le dermatologue est un médecin », rappelle-t-il, soulignant que les
maladies cutanées, parce qu’elles sont visibles, peuvent avoir de lourdes
conséquences psychologiques et sociales. Anxiété, stigmatisation et dépression
peuvent notamment affecter les personnes confrontées à certaines affections
dermatologiques.
Dépigmentation
: les dermatologues donnent l’alerte
La dépigmentation artificielle a occupé une place
importante dans les échanges. Injections, comprimés, pommades et autres
produits éclaircissants sont utilisés dans différents contextes, avec des
conséquences parfois importantes pour la santé, ont rappelé les spécialistes.
Selon le Dr Kalogo Mamadou, dermatologue au CHU de
Treichville à Abidjan, les complications peuvent être à la fois cutanées et
systémiques. Il cite notamment des infections, des troubles de la pigmentation,
l’ochronose, ainsi que des altérations structurelles telles que certaines
vergetures profondes et des problèmes vasculaires.
Le spécialiste souligne également que certaines
substances utilisées dans les produits éclaircissants peuvent traverser la
barrière cutanée et passer dans la circulation sanguine, exposant, selon les
produits et les conditions d’utilisation, à des complications générales. La
diminution de la mélanine réduit par ailleurs la protection naturelle de la
peau contre les rayonnements ultraviolets.
Certaines séquelles peuvent être difficiles, voire impossibles, à corriger une fois installées. D’où, pour les dermatologues, la nécessité d’agir davantage sur la prévention.
Une exposition de produits de dermatologie
Pour une
réglementation plus stricte
Le Dr Kalogo Mamadou appelle ainsi à renforcer la
réglementation et le contrôle sanitaire des produits vendus sur les marchés.
« Il faut qu'il y ait une réglementation et un
contrôle sanitaire des produits qui sont vendus », plaide-t-il, invitant les
gouvernements à prendre des mesures pour limiter la circulation des produits
dangereux. Pour le praticien, l’intervention des pouvoirs publics est d’autant
plus importante que les complications sont souvent difficiles à traiter
lorsqu’elles sont installées.
Au-delà de la réglementation, les spécialistes
appellent à déconstruire les normes sociales de beauté qui favorisent le
recours à la dépigmentation. « La peau noire est belle », insiste le
dermatologue ivoirien, invitant les femmes à ne pas mettre leur santé en danger
pour répondre à une norme esthétique.
Le partage
d’expériences au cœur des Journées
Pour le Dr Kalogo Mamadou, la participation à ces
rencontres répond également à un besoin de partage entre professionnels
africains.
« C'est un moment d'échange et de partage de
connaissances. En changeant d'air, on peut apprendre, savoir ce que les autres
font dans leur pays », souligne-t-il.
À travers ces Journées Togolaises de Dermatologie, la
communauté dermatologique entend ainsi renforcer la formation continue,
favoriser la collaboration entre praticiens et mieux répondre aux réalités
sanitaires des populations. Entre innovations technologiques, nouvelles
stratégies thérapeutiques et prévention, l’enjeu reste le même : améliorer la
qualité de la prise en charge et replacer la santé de la peau au cœur des
préoccupations de santé publique.
Eméline DJESSOU (Stagiaire)