Sédentarité : le mal silencieux
- Posted on 11/09/2026 17:36
- Film
- By raymonddzakpata@sante-education.tg
Extrait de l'article: Une personne peut faire du sport et être pourtant sédentaire. Au travail, dans les transports, devant la télévision ou le téléphone, les longues heures passées assis ou allongé se multiplient. Au Togo comme ailleurs, l’évolution de ce mode de vie...
Une
personne peut faire du sport et être pourtant sédentaire. Au travail, dans les
transports, devant la télévision ou le téléphone, les longues heures passées
assis ou allongé se multiplient. Au Togo comme ailleurs, l’évolution de ce mode
de vie inquiète. Associée à une alimentation déséquilibrée et à d’autres
facteurs de risque, la sédentarité contribue à créer un terrain favorable aux
maladies cardiovasculaires dont le surpoids, l’hypertension, le diabète et.
Face à ce phénomène, le message des spécialistes est simple : il faut se lever,
marcher et bouger davantage, tout au long de la journée.
La sédentarité s’installe souvent sans que
l’on s’en rende compte. Une journée peut commencer par un trajet en voiture ou
à moto, se poursuivre par plusieurs heures assis au bureau, avant de se
terminer devant la télévision, l’ordinateur ou le téléphone portable.
Une
personne peut ainsi rester immobile une grande partie de sa journée sans avoir
le sentiment de « ne rien faire ». Pourtant, les longues périodes passées
assise ou allongée, lorsque l’on est éveillé et que la dépense énergétique est
très faible, correspondent bien à un comportement sédentaire.
Le
phénomène concerne toutes les catégories de la population. Le fonctionnaire ou
l’employé de bureau peut rester plusieurs heures devant son ordinateur. Le
conducteur de taxi, de taxi-moto ou de véhicule professionnel passe également
de longues périodes assis. La commerçante peut rester derrière son étal pendant
une grande partie de la journée. Quant aux élèves et étudiants, ils alternent
souvent cours assis, téléphone portable, ordinateur, télévision et jeux vidéo.
Sédentarité
et inactivité physique : deux réalités différentes
Une
confusion persiste dans le grand public : être sédentaire ne signifie pas
nécessairement ne pratiquer aucune activité physique.
Une
personne qui court ou marche 30 minutes chaque matin peut ensuite passer huit
ou neuf heures assise devant un ordinateur, dans les transports et à la maison.
Elle est physiquement active, mais son comportement peut néanmoins rester
fortement sédentaire.
A
l’inverse, une personne qui ne pratique pas de sport organisé peut marcher
beaucoup dans sa journée et accumuler moins de temps en position assise.
«
On définit désormais la sédentarité comme le fait de rester trop longtemps
dans une position assise ou allongée, sans dormir », explique le Dr Damien
Ekoué-Kouvahey, médecin du sport. Il recommande notamment d’éviter les périodes
prolongées sans mouvement.
Il
n’existe pas de seuil médical unique permettant de déclarer officiellement une
personne « sédentaire ». Toutefois, huit à dix heures ou plus de temps
sédentaire quotidien correspondent à un niveau élevé dans de nombreuses études.
La durée des périodes ininterrompues passées assis est également importante.
Villes
et nouvelles habitudes de vie
L’urbanisation
transforme progressivement les habitudes quotidiennes en Afrique. Les
déplacements motorisés, les emplois moins physiques et l’omniprésence des
écrans réduisent les occasions de bouger.
Au
Togo, l’enquête nationale STEPS 2021 révèle que 13,2 % des adultes âgés de 18 à
69 ans n’atteignaient pas le niveau d’activité physique recommandé par l’OMS.
Le phénomène apparaît plus marqué dans les villes : 20,1 % des adultes urbains
étaient concernés, contre 8,8 % en milieu rural. Le rapport classe cette
population parmi celles exposées au risque de sédentarité. Ces chiffres
illustrent une transformation du rapport au mouvement. Dans les villes, les
transports motorisés, les emplois de bureau et les loisirs devant les écrans
prennent une place croissante.
Le phénomène dépasse donc largement la seule population des travailleurs de bureau.
Une femme en train de regarder la télévision
Immobilité
et la mauvaise alimentation
La
sédentarité associée à une alimentation déséquilibrée au surpoids, au tabagisme
ou d’une consommation excessive d’alcool, augmente le risque de maladies
chroniques. Le risque est plus grand lorsque l’immobilité s’accompagne d’une
alimentation déséquilibrée.
L’immobilité
réduit la dépense d’énergie
Rester
longtemps assis réduit la dépense énergétique quotidienne. Lorsque cette faible
dépense s’associe à une alimentation trop calorique, l’excédent d’énergie peut
être stocké sous forme de graisse, favorisant ainsi le surpoids, l’obésité et
la survenue des maladies cardiovasculaires dont l’hypertension et les
perturbations de la régulation du glucose et de la sensibilité à l’insuline.
Les
données de STEPS 2021 sont préoccupantes : 27,4 % des adultes de 18 à 69 ans
étaient hypertendus, contre environ 19 % en 2010. L’hyperglycémie ou le diabète
concernait 4,9 % de cette population, contre 2,6 % en 2010. Plus de 30 % de la
population était par ailleurs en surpoids ou obèse, dont 11,7 % obèse.
Cœur,
diabète, cancers : les conséquences
La
sédentarité prolongée est associée à un risque accru de maladies
cardiovasculaires, notamment les maladies coronariennes et les accidents
vasculaires cérébraux (AVC) et l’infarctus ou crise cardiaque
Elle
est également associée à un risque plus élevé de diabète de type 2, notamment à
travers les perturbations métaboliques liées au manque de mouvement.
Certaines
données scientifiques établissent aussi une association entre des niveaux
élevés de comportement sédentaire et certains cancers, notamment le cancer du
côlon, de l’endomètre et du poumon.
Effets
sur la santé mentale
Le
manque d’activité physique et la sédentarité peuvent également avoir des
répercussions sur la santé mentale. A l’inverse, une activité physique
régulière est associée à une diminution des symptômes de dépression et
d’anxiété ainsi qu’à une amélioration du bien-être et du sommeil.
A
long terme, l’immobilité peut aussi contribuer à l’affaiblissement musculaire,
à la raideur articulaire, à une diminution de la condition physique et à une
perte de mobilité, surtout chez les personnes âgées.
Se
lever et bouger
La
solution ne consiste pas uniquement à pratiquer une activité sportive intense.
Il faut également réduire le temps passé assis.
«
Rester assis trop longtemps, ce n’est pas bon pour la santé. Au travail, si
on le peut, penser à marcher un peu toutes les deux heures », recommande le
Dr Damien Ekoué-Kouvahey.
Quelques
habitudes simples peuvent être intégrées au quotidien dans les services ou à la
maison : se lever régulièrement, marcher pendant les pauses, prendre l’escalier
plutôt que l’ascenseur lorsque cela est possible, effectuer quelques étirements
ou encore se déplacer pour parler à un collègue au lieu de lui envoyer tout le
temps un message.
Théophile, 33 ans, chef de projets dans un cabinet à Lomé, raconte avoir trouvé une manière simple de casser l’immobilité au bureau : placer sa poubelle à l’autre bout de la pièce afin d’être obligé de se lever, et se déplacer jusqu’au bureau d’un collègue lorsqu’il doit échanger avec lui plutôt que d’envoyer un mail ou de téléphoner.
Le
mouvement comme réflexe quotidien
Chaque
mouvement compte. D’après les spécialistes, même de courtes interruptions de la
position assise peuvent être bénéfiques. L’objectif est donc de multiplier les
occasions de mouvement au cours de la journée.
La
lutte contre la sédentarité commence dans les gestes ordinaires : marcher
davantage, interrompre une période assise, réduire le temps passé devant les
écrans, prendre les escaliers, faire du vélo, jardiner, jouer avec les enfants
ou simplement se lever régulièrement. Des gestes simples, mais qui, répétés
jour après jour, peuvent contribuer à réduire les risques liés à un mode de vie
trop sédentaire.
Mais
l’activité physique doit aller de pair avec une alimentation équilibrée :
davantage de fruits, légumes, légumineuses et aliments peu transformés, et
moins de boissons sucrées, de produits ultra-transformés, de sel, de sucres et
de graisses consommés en excès.
Gamé KOKO
Source :
« Organisation Mondiale de la Santé »